-
Dons (en millions de dollars US)
Prêts (en millions de dollars US)
République du Congo
6,1
17,9
Côte d'Ivoire
8,2
15,8
Equateur
3,15
20,85
Guatemala
3,15
20,85
Mozambique
10,8
13,2
Népal
6,1
17,9
Programme d’investissement forestier : évolutions récentes, contraintes financières et plantations forestières
26 mai 2016
Coraina de la Plaza
Traduit de l’anglais par Iris Borianne
Opérationnel depuis 2009, le Programme d’investissement forestier (FIP) fait partie des programmes relevant des Fonds d’investissements climatiques (FIC) administrés par la Banque mondiale. Le FIP vise principalement à mobiliser des fonds pour effectuer des investissements directs dans le secteur forestier des pays en développement et aider ces derniers à réaliser leurs objectifs en matière de développement et de projets REDD+. Le FIP agit en collaboration avec d’autres fonds REDD+, comme le Fonds de partenariat de carbone forestier (FPCF), le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et le Programme ONU-REDD.
Le FIP dispose en outre de deux guichets de financement spécifiques. D’une part, le Mécanisme spécial de dons en faveur des peuples autochtones et des communautés locales, qui vise à soutenir la participation de ces populations à l’élaboration des stratégies, programmes et projets d’investissement FIP. D’autre part, la réserve du secteur privé (Private Sector Set-Aside, ou PSSA) qui, par le biais de mesures d’incitation positive, encourage le secteur privé à s’impliquer dans des projets REDD+.
A l’heure actuelle, 23 pays figurent sur la page web du FIP. Parmi eux, 14 ont obtenu la validation de leur plan d’investissement (PI, ou FIP-IP en anglais), devenant ainsi officiellement des pays pilotes : il s’agit du Brésil, du Burkina Faso, de la République du Congo, de la Côte d’Ivoire, de la République Démocratique du Congo, de l’Equateur, du Ghana, du Guatemala, de l’Indonésie, du Mexique, du Mozambique, du Népal, du Pérou et de la République démocratique populaire du Laos.
Les 9 pays restants sont encore dans la phase l’élaboration de leurs PI : le Bangladesh, le Cambodge, le Cameroun, la Guyane, le Honduras, le Rwanda, la Tunisie, l’Ouganda et la Zambie [1].
Il est particulièrement préoccupant qu’après l’Accord de Paris sur le changement climatique, les contributions déterminées au niveau national (INDC) fournies auprès de la CCNUCC par les différents gouvernements puissent devenir la source principale d’information pour préparer les PI nationaux dans le cadre du FIP. Les INDC se distinguent par leur caractère globalement peu ambitieux et le fait qu’on y découvre que certains des principaux pays forestiers prévoient en fait de poursuivre, d’une façon ou d’une autre, les activités de déforestation.
Le FIP se charge de gérer et de mobiliser des fonds pour soutenir les pays pilotes. En juin 2015, le total des promesses de financements s’élevait à 787 millions de dollars US, pour un portefeuille de 47 projets situés à différents niveaux de développement et de mise en œuvre. Selon l’unité administrative, le FIP constitue « actuellement le plus gros fonds d’investissement forestier mondial axé sur la Phase 2 de l’architecture de financement de REDD+ » [2]
Certes, 787 millions de dollars US de promesses de financements et un portefeuille de 47 projets peuvent être perçus comme des progrès considérables. Mais comme dit le proverbe, tout ce qui brille n’est pas or. En vérité, le FIP est confronté à différents problèmes, notamment des ressources disponibles limitées. L’incertitude quant aux financements futurs des neuf pays en train de préparer leurs plans d’investissement illustre parfaitement cette situation. Le FIP soutiendra la préparation de chaque PI à hauteur de 250 000 dollars, « tout en sachant pertinemment qu’[il] ne dispose actuellement d’aucune ressource disponible pour la mise en œuvre de ces plans d’investissement », a souligné l’unité administrative. Cette dernière a en outre invité les pays concernés à trouver d’autres sources de financements pour leurs PI. Dans un contexte de difficultés économiques, on peut s’interroger sur la pertinence d’allouer 250 000 dollars aux nouveaux pays pour préparer leurs plans d’investissement, tout en continuant d’allonger la liste de pays pilotes, alors qu’il n’existe aucune garantie que ces derniers obtiennent par la suite les financements nécessaires à la mise en œuvre de leurs plans.
En réalité, la mobilisation de fonds est aussi devenue un véritable casse-tête pour le FIP, et pour tous les programmes des FIC en général. Cela risque fort d’entraîner ce dernier sur une pente savonneuse où le secteur privé, porté par la quête de profits, deviendrait une source alternative de financements. Des signes pointent d’ores et déjà dans cette direction. Lors des dernières réunions de printemps de la Banque mondiale en avril 2016, le G24 a exigé que les FIC soient réapprovisionnés de toute urgence, et ont proposé pour ce faire d’avoir recours aux banques multilatérales de développement pour mobiliser le secteur privé [3].
Autre problème digne d’attention : bien que le FIP soit opérationnel depuis 2009, seuls 36,1 millions de dollars avaient été décaissés au mois de mai 2016, sur un total de 787 millions de dollars de promesses de financements ! D’ailleurs, en comparant les sommes décaissées aux promesses de financements, le taux de décaissement moyen pour les 8 premiers pays pilotes du FIP n’est que de 13,9%, bien que ce taux varie considérablement d’un pays à l’autre – 44% pour l’Indonésie par exemple, contre 1% pour le Brésil.
Pour couronner le tout, lorsqu’on se penche sur les données relatives aux dons et prêts concessionnels, on s’aperçoit que la situation est plus grave encore. Le FIP a promis à ses « petits nouveaux » (c’est-à-dire les pays pilotes que sont la République du Congo, la Côte d’Ivoire, l’Equateur, le Guatemala, le Mozambique et le Népal) la somme de 24 millions de dollars chacun. Mais lorsqu’on creuse un peu et qu’on regarde en détail les différences entre dons et prêts, il devient clair qu’il s’agira pour ces pays davantage d’un fardeau que d’une aide.