La grande illusion climatique de REDD+ : une équation bancale pour les forêts, les populations et la planète
Un nouveau rapport de la Coalition mondiale des forêts
La dernière recherche de GFC soumet le programme REDD+ à un examen critique, et montre qu'il a dangereusement détourné l'attention d'une véritable action pour les forêts et le climat, tout en causant de réels préjudices aux communautés sur le terrain.
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La grande illusion climatique de REDD+ : une équation bancale pour les forêts, les populations et la planète
Introduction
NO REDD AFRICA/Cassandra
Le programme REDD+ réduit-il la déforestation ?
Cette note d'information s'appuie sur les conclusions d'une publication récente de GFC intitulée A qui profite réellement le programme REDD+ ? Comment REDD+ manque à ses engagements envers les forêts et ceux qui les protègent (disponible en anglais et espagnol). Cette publication se penche sur le programme REDD+ et sur les systèmes de compensation des émissions de carbone dont il fait partie. Ses résultats indiquent que, même si le mécanisme REDD+ a été conçu pour lutter contre la déforestation, des données provenant de pays tels que le Brésil et l'Indonésie démontrent qu'il n'a pas permis une réduction significative de la déforestation. Dans le même temps, la biodiversité a continué à se détériorer. Ces programmes, qui impliquent souvent des plantations d'arbres en monoculture dont on sait qu'elles nuisent aux communautés et à l'environnement, ne fonctionnent pas : on ne peut pas restaurer en un clin d'œil des années d'interrelations complexes qui sont déjà perdues lorsque les forêts sont décimées. Notre publication mettait également en évidence le fait que le mécanisme REDD+, dans son essence, réduit les forêts à des marchandises en les considérant comme de simples puits de carbone, sans tenir compte de leur véritable rôle en tant qu'écosystèmes complexes qui régulent le climat de la planète, soutiennent les communautés locales et les Peuples Autochtones, et préservent une biodiversité irremplaçable. REDD+ donne la priorité aux compensations plutôt qu'à l'intégrité écologique et aux droits des communautés. Il ne considère pas les forêts comme des écosystèmes vivants précieux et dotés d'une valeur intrinsèque, mais seulement comme des ressources qui peuvent être utilisées et transformées en molécules de base telles que le « carbone ». En ce sens, REDD+ va à l'encontre des conceptions du monde des Peuples Autochtones, qui accordent à la vie une valeur intrinsèque. REDD+ est également une source de négligence et d'oppression pour les Peuples Autochtones et les communautés locales, du fait des déplacements, des conflits et de la perte des moyens de subsistance et des pratiques culturelles. Les Peuples Autochtones protègent déjà les forêts, et le fait de leur nuire continuellement par le biais de ces programmes démontre que REDD+ est foncièrement incompatible avec les forêts et les peuples forestiers. La nature même de REDD+, en tant que mécanisme de marché, ne tient pas compte des connaissances traditionnelles et des compréhensions plus profondes des rôles écologiques et spirituels des forêts. Il faut de toute urgence mettre en place des stratégies gérées par les communautés et fondées sur les droits, en prévoyant notamment un financement direct pour celles et ceux qui accomplissent déjà ce travail de protection de l'environnement. Et pourtant, malgré les nombreuses démonstrations de ses défauts structurels, le mécanisme REDD+ reste un élément clé du discours sur le climat, en raison du soutien continu des institutions financières multilatérales (comme la Banque mondiale et le Fonds vert pour le climat), de son inclusion dans les négociations de l'article 6.4 de l'Accord de Paris, et de son rôle dans les marchés volontaires du carbone. Cette situation ne peut plus durer.Qui finance REDD+ ?
Il existe plus de 700 projets REDD+ répartis dans 57 pays, soutenus par des financements bilatéraux et multilatéraux. Les principaux acteurs sont le programme UN-REDD et le Fonds de partenariat pour le carbone forestier de la Banque mondiale, qui couvrent chacun plus de 50 pays. Depuis 2008, plus de 5,6 milliards de dollars de fonds publics (ou selon d’autres sources, près de 10 milliards de dollars) ont été promis à des fonds climatiques multilatéraux soutenant REDD+. 3 milliards de dollars ont été effectivement alloués à des projets. Les principaux contributeurs sont la Norvège, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. Malgré ces investissements, la déforestation se poursuit. Les délocalisations d’émissions de gaz à effet de serre (GES), l'absence de permanence et la comptabilisation problématique des plantations de monocultures comme des forêts ont souligné l'inefficacité de REDD+. Au vu de ce qui précède, quels rôles jouent alors les gouvernements dans le soutien à REDD+ ? Quelles sont leurs motivations ? Le financement des projets REDD+ devrait-il être entièrement interrompu ?La polémique sur les compensations
Souparna Lahiri, GFC
