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Découvrir les impacts de la bioénergie sur les femmes et les forêts en Afrique de l'Ouest
Par Juana Vera Delgado, GFC, Pérou, and Kwami Kpondzo, GFC et Amis de la Terre Togo
Dans ce numéro de Forest Cover, nous explorons l’ensemble du développement de la bioénergie et son utilisation en Afrique de l’Ouest sous l’angle du genre. Nous couvrons un très large spectre à ce sujet, passant de la bioénergie nécessitant de vastes superficies de terres afin de fournir les matières premières, aux ménages et aux communautés omniprésents et anciens, où le bois est principalement collecté par les femmes pour répondre aux besoins domestiques en énergie. La bioénergie est un terme large qui décrit toute source d’énergie exploitant l’énergie solaire stockée dans toute matière biologique. Elle est souvent divisée en deux grandes catégories, la bioénergie traditionnelle et la bioénergie moderne, et les articles qui suivent reflètent cette étendue. Elles couvrent l’utilisation traditionnelle de la biomasse forestière, les centrales à biomasse pour l’électricité utilisant du bois (eucalyptus ou caoutchouc), les centrales à biocarburant utilisant l’éthanol issu de cultures vivrières telles que le manioc et le biogaz issu de la fermentation de déchets agricoles. Tous fonctionnent à différentes échelles et ont des impacts variables, mais entrent tous dans la vaste catégorie de la bioénergie. Ces articles sont tirés d’expériences sur le terrain dans six pays d’Afrique de l’Ouest et d’un regard critique sur le financement international pour le développement de la bioénergie dans ce pays. Les articles se concentrent sur les impacts différenciés selon le sexe en tant que dimension souvent sous-représentée au sein du débat sur la bioénergie. D’un côté, la bioénergie a de loin la plus grande empreinte sur le sol de toutes les formes de production d’énergie et est souvent l’un des principaux moteurs de l’accaparement des terres, ce qui entraîne des conflits avec les communautés et des violations des droits de l’homme, ainsi que des impacts sur les forêts, la biodiversité et les ressources en eau douce. La diminution de la souveraineté alimentaire est également étroitement liée à la génération de bioénergie moderne. D’un autre côté, les rôles bien définis des genres garantissent que les femmes et les filles doivent rechercher et collecter des sources traditionnelles de bioénergie. Cela alourdit la charge de travail déjà surchargée des femmes, en particulier dans les communautés où leur travail est sous-estimé et non rémunéré (ramasser du bois et de l’eau, cuisiner, s’occuper des enfants et des aînés et s’occuper de l’agriculture, pour ne nommer que quelques exemples).Bioénergie : Toute source énergétique qui exploite l’énergie solaire contenue dans toute matière biologique. Biomasse moderne : Le bois ou d’autres cultures énergétiques sont brûlés dans des centrales électriques afin de produire de la chaleur et/ou de l’électricité. Biomasse traditionnelle : du bois de chauffage, du charbon de bois ou des déchets agricoles dans des poêles pour la cuisson et le chauffage. Biocarburants : carburants liquides dérivés de la biomasse pouvant être utilisés à des fins de transport ou de chauffage. Bioéthanol : carburant provenant des cultures telles que le manioc, le sorgho et la canne à sucre. Biodiesel : carburant produit à partir de graines telles que la palme, le jatropha, le colza, le tournesol et le soja. Biogaz : digestion anaérobie de matières organiques afin de produire un gaz destiné à la cuisson, au chauffage et à la lumière.Un autre aspect important de l’histoire de la bioénergie en Afrique de l’Ouest et dans le monde entier est le lien étroit qui existe entre ces développements et la «gestion durable des forêts», qui est désormais une filière pour les plantations industrielles d’arbres. Alors que de plus en plus de forêts précieuses de la région sont perdues sous les pressions combinées de la récolte de bois d'œuvre, de bois de chauffage et de charbon de bois ainsi que du défrichement des terres pour la culture, y compris les cultures énergétiques telles que l'huile de palme et la canne à sucre, le secteur commercial des plantations forestières saisit l'occasion de peindre les monocultures en tant qu’alternatives «durables». Les projets de foyers de cuisson propres sont de plus en plus liés aux plantations commerciales d’arbres produisant du «charbon propre», et comme le montre l’exemple du Ghana, des eucalyptus sont plantés à grande échelle uniquement pour être brûlés dans une centrale électrique. Une gestion véritablement durable des forêts (suite à la page 6) serait régie par les communautés, s'appuierait sur les connaissances et les pratiques traditionnelles des communautés locales et serait axée sur la protection et la restauration des forêts existantes, ce qui est essentiellement l'inverse du modèle de foresterie commerciale. Tout le monde dépend de l'énergie sous une forme ou une autre au quotidien, mais les femmes ont des aspirations, des besoins et des rôles différents en ce qui concerne l'accès, la fourniture, la gestion et le contrôle de l'énergie que nous utilisons. Comme le montrent les articles qui suivent, ces différences peuvent accentuer les inégalités et les enjeux subis par les femmes, encore aggravée par la précarité énergétique de la majorité des communautés d'Afrique de l'Ouest. Les impacts différenciés selon le genre incluent la charge liée aux longues heures de travail et aux efforts physiques que les femmes déploient pour ramasser du bois de feu, aggravé par la déforestation et la surexploitation, ainsi que les impacts sur la santé principalement causés aux femmes et aux enfants par l'exposition à la fumée la maison. L’accès à la terre et la gestion de la terre sont un autre impact important ressenti différemment par les femmes et les hommes : les femmes ont beaucoup moins de pouvoir décisionnel même si elles sont souvent les principales productrices d’aliments. Cela est particulièrement préoccupant lorsque les entreprises achètent des terres pour des cultures énergétiques ou engagent des propriétaires fonciers afin de produire des cultures énergétiques au lieu de produits alimentaires. La génération de bioénergie et ses impacts ne se produisent pas de manière isolée : de fait, ils sont régis par des politiques innombrables et parfois contradictoires. Lorsque les politiques énergétiques ne tiennent pas compte des sexospécificités et des considérations de parité hommes-femmes dans la planification, la prise de décision et la mise en œuvre, les femmes seront inévitablement touchées, en particulier dans les zones où la pauvreté énergétique est la réalité quotidienne et où les communautés sont déjà marginalisées. Le fait que les femmes soient souvent exclues ou incapables de participer au processus de prise de décision et qu'elles ne disposent pas de droits légaux et sécurisés sur la propriété foncière signifie que les droits et les besoins des femmes ne reçoivent pas l'importance qu'elles méritent pour la prise de décisions concernant leur vie et leurs moyens de subsistance. La planification de tous les développements énergétiques doit donc être faite en étroite consultation avec les communautés, en veillant à ce que les femmes et les autres titulaires de droits aient la possibilité de participer ainsi que de contribuer au processus et que leurs points de vue, aspirations et besoins se reflètent dans les résultats. Bien qu’il n’existe pas de solution «universelle» et que les solutions de substitution à la bioénergie doivent être soigneusement examinées en fonction des contextes national, local et communautaire, l’Afrique de l’Ouest dispose d’un énorme potentiel de production d’énergie à partir de sources véritablement renouvelables. Par exemple, l’énergie solaire peut être réalisée à petite échelle et gérée par les communautés, contribuant ainsi à accroître la souveraineté et la sécurité énergétiques locales ainsi que la justice pour les femmes. Le soutien public et les financements internationaux seraient bien mieux dépensés en électrification rurale par le biais de l’énergie solaire et des petites centrales hydroélectriques, ainsi que du biogaz pour la cuisine, le chauffage et l’éclairage. Au lieu de cela, de grandes sommes d’argent sont affectées aux centrales électriques à biomasse pour fournir de l’électricité à l’industrie lourde plutôt qu’aux habitations, et aux usines de biocarburants afin de produire du carburant pour les véhicules. Ceci n’offre ni aux femmes ni aux communautés dont elles font partie, un accès à l’énergie plus propre et plus sûr. Réaffecter les ressources économiques déjà disponibles, avec les bonnes politiques en place et assurer la pleine participation des principaux détenteurs de droits, peut souvent contribuer de manière significative à réduire l'écart de financement nécessaire pour donner aux communautés l'accès à une énergie propre et verte. Cela peut sembler coûteux, mais le coût actuel pour la société, où les femmes doivent sacrifier leur éducation, leur revenu et leur santé (et celle de leurs enfants) pour subvenir aux besoins de leur famille, est certainement beaucoup plus élevé.
Les plans africains pour l'énergie de la biomasse
Par Wolfgang Kuhlmann, ARA, Allemagne
Image satellite de la limite de la concession de la Plantation africaine pour le développement durable (APSD de son acronyme anglais). Google Earth
Les plantations d'eucalyptus au Ghana
La société norvégienne Plantations africaines pour le développement durable (APSD de son acronyme anglais) a choisi une zone reculée du Ghana afin de planter des eucalyptus dans l’unique but d'être brûlés pour produire de l'électricité. Depuis 2009, l'entreprise a pu assurer l'accès à environ 42 000 d’hectares de terres dans la province de Brong Ahafo, du côté ouest du lac Volta. 9 000 ha ont déjà été plantés. Quelque 22 000 ha de plantations d'eucalyptus seront nécessaires pour garantir un approvisionnement annuel de 600 000 m³ de grumes. Cette quantité de bois est nécessaire afin d’alimenter une centrale de 60 MW qui devrait être opérationnelle en 2021. Outre le FEDA [1], le projet est parrainé par Erling Lorentzen, fondateur de la société brésilienne de pâtes et papiers Aracruz Cellulose (devenue Fibra et qui a depuis fusionné avec Suzano, une autre grande société brésilienne de pâtes et papiers). «Après avoir constaté les avantages en termes d’emploi et de développement de plantations à grande échelle gérées de manière durable au Brésil, M. Lorentzen souhaite transférer les avantages de ses connaissances en Afrique», tel qu’indiqué dans un exposé. [2] Selon des informations communiquées par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID de son acronyme anglais) [3], des baux d'une durée de 50 ans ont été obtenus uniquement par des autorités traditionnelles pouvant prouver leur propriété. En raison des risques d’incendie dans les plantations, les terres agricoles de 84 ménages qui travaillaient au sein de la concession mais vivaient à l’extérieur de celle-ci ont été relocalisées dans des zones situées à l’extérieur de la concession. La plupart des agriculteurs ont accepté car on leur offrait de labourer gratuitement leurs nouveaux champs. Cela signifie-t-il qu’il n’y a vraiment pas de conflits sur des terres qui ne seront plus disponibles pour l’agriculture de subsistance au cours des 50 prochaines années? Beaucoup de revendications des compagnies semblent trop belles pour être vraies : de fait, il serait utile qu'une ONG locale puisse mener une enquête sur le terrain afin de prendre en compte les points de vue de toutes les parties prenantes, et en particulier des femmes, qui sont touchées de manière disproportionnée par de tels systèmes. [1] https://www.berkeley-energy.com/project/apsd-2/ [2] http://newforestsforafrica.org/wp-content/uploads/2016/03/Session-D-APSD.pdf [3] https://www.land-links.org/wp-content/uploads/2018/05/Investor-Survey-on-Land-Rights_Report-2018.pdfLes femmes et les forêts sous pression au Bénin en raison de leur dépendance au bois de chauffage et au charbon de bois
Par Fataï Aina, Association AMAF-Bénin
Le Bénin était jadis recouvert de forêts et était reconnu en Afrique de l’Ouest pour la richesse de sa diversité biologique grâce à la disponibilité d’une eau de bonne qualité tout au long de l’année. Aujourd’hui, il ne reste au mieux que des fragments et des reliques, de simples souvenirs des forêts qui existaient autrefois. Les quelques zones forestières qui existent encore sont uniformément réparties dans tout le pays. Elles sont constituées de forêts privées et de forêts protégées situées dans des réserves ou des parcs animaliers. Toutefois, la perte de couvert forestier due aux pressions humaines, notamment pour la production de bois de feu et de charbon de bois, constitue une menace sérieuse pour l’équilibre écologique du Bénin. Au Bénin, 80% de la population dépendent du bois de chauffage et du charbon de bois pour la cuisson [1], et la consommation totale de bois à des fins énergétiques est d’environ 4,8 millions de tonnes par an. [2] Dans les zones rurales du Bénin, seules les principales villes sont connectées au réseau électrique, ce qui représente environ 10-15% de la population. Parmi les ménages qui peuvent techniquement se connecter, beaucoup sont pauvres et n'ont pas les moyens de le faire. [3] Ce contexte reflète un degré élevé d'insécurité énergétique pour les communautés, accentué par la hausse des prix des combustibles fossiles. En l'absence d'options alternatives d'approvisionnement en énergie domestique, les forêts sont de plus en plus menacées par la demande sans cesse croissante de bois de chauffage. Afin de faire face à ce problème, des initiatives telles que les plantations d'arbres pour le bois de chauffage sont en cours de développement pour répondre aux besoins des consommateurs. Toutefois, la récolte incontrôlée de bois d'œuvre et de bois de chauffage, le développement de plantations d'arbres en monoculture à des fins commerciales et le besoin croissant de terres arables en raison de la pression démographique accélèrent la déforestation. Une biodiversité importante est en train de disparaître. Le manque d'accès à l'énergie pour l'éclairage, le chauffage et la cuisine réduit la productivité des hommes et des femmes au Bénin et de la société dans son ensemble. Cependant, les femmes portent le plus lourd du fardeau. Effectivement, les femmes et les filles sont obligées de parcourir de longues distances à pied pour aller chercher de l'eau et récolter du bois de chauffage. Elles doivent également supporter le fardeau de la combustion du bois pendant la cuisson. Elles sont aussi généralement désavantagées à tous les niveaux en termes de propriété et d’accès à la terre, de ressources naturelles, de crédit, en ce qui a trait à l’information et à l’éducation, et sont moins en mesure de participer à la prise de décision. La pauvreté énergétique ne touche donc pas les femmes et les hommes de la même manière, ce qui entraîne des résultats économiques et sociaux distincts pour chaque groupe. La manière dont les ressources forestières sont gérées est le facteur déterminant pour affirmer si le besoin immédiat d’énergie tirée du bois peut être satisfait au Bénin. La gestion des forêts revêt donc une importance capitale pour les femmes. Bien que les politiques et les plans de gestion des forêts mettent l'accent sur l'approche participative de la gestion des ressources forestières et stipulent la participation des communautés autochtones et locales à tous les niveaux, ils n'indiquent pas spécifiquement les démarches à suivre. Cela signifie que les femmes et les personnes marginalisées sont souvent laissées en dehors des processus décisionnels qui régissent la gestion de ces ressources vitales. Il est essentiel de considérer les réalités des différents droits, rôles et besoins des femmes et des hommes en matière de bioénergie, afin de mieux définir les moyens dont ils disposent afin d’être correctement reconnus, respectés et satisfaits dans la gestion des ressources forestières. La mise en œuvre d'une telle approche fondée sur les droits sera bénéfique pour la valorisation d'une utilisation durable et équitable des ressources forestières ainsi que de la sécurité alimentaire, et pourrait également contribuer de manière significative à la conservation et à l'amélioration de la fertilité des sols, au contrôle de l'érosion et à la restauration des microclimats. [1] Fonds Africain de Développement – FAD, 2006 [2] Programme d’Action National d’Adaptation – PANA Energie, 2018 [3] Synergie Solaire, 2013L’utilisation de la biomasse au Togo : quels sont les risques pour les femmes?
Par Fida Bagbo, Les Amis de la Terre, Togo
«Pas de justice environnementale sans justice de genre» et «Détruisez le patriarcat, pas la planète». Amis de la Terre Togo
Les foyers améliorés à biomasse devraient-ils être soutenus par un financement climatique?
Par Almuth Ernsting, Biofuelwatch, Écosse
Les projets de foyers de cuisson à la biomasse améliorés, également dits « propres », dans les pays du Sud (particulièrement dans les zones rurales) ont été un choix populaire pour le financement climatique, allant des compensations de carbone chapeauté par Mécanisme de développement propre, au Fonds vert pour le climat ainsi qu’au financement bilatéral pour le climat. Selon une étude de modélisation menée en 2016, l'élimination progressive des foyers de cuisson à la biomasse traditionnels pourrait réduire le réchauffement de la planète de 0,1 ° C et prévenir plus de 10 millions de décès prématurés d'ici 2050 [1]. Un accès universel à une cuisine propre améliorerait sans aucun doute la vie de centaines de millions de femmes ainsi que d’enfants et sauverait quelque 3,8 millions de personnes de la mort prématurée chaque année. [2] Cela réduirait également les pressions forestières au sein de nombreuses régions du Sud, même s'il existe, dans l'ensemble, des facteurs de déforestation et de dégradation des forêts bien plus importants que l'utilisation traditionnelle de la biomasse. Les foyers de cuisson à la biomasse améliorés sont valorisés depuis les années 50 [3], d'abord pour l'accès à l'énergie et la santé et, ces dernières années, de plus en plus pour l'atténuation du changement climatique. L'idée est que ces poêles minimiseront la pollution de l'air intérieur nuisible, protégeant ainsi la santé des femmes et des enfants, et qu'ils réduiront la quantité de bois et d'autres types de biomasse brûlée. Les projets de financement pour le climat qui promeuvent des foyers améliorés à biomasse impliquent la dissémination à grande échelle ou la vente à moindre coût de foyers «efficaces» aux communautés. Plusieurs de ces projets incluent également la promotion du bois provenant de plantations forestières en tant que matière première dite «durable». On suppose qu'une plus grande efficacité réduit l'utilisation du bois et la pollution de l'air intérieur, bien que dans certains de ces projets, des tests d'émissions puissent être effectués. Toutefois, des études de projets de foyers améliorant la promotion de la lutte contre le changement climatique montrent que la santé des enfants ne s’améliore pas du tout [4] et que la santé des femmes n’est au mieux qu’améliorée de manière marginale et pour une période limitée. En effet, le plus vaste essai à ce jour, basé à Orissa, en Inde, n'a révélé aucun bénéfice pour la santé. [5] Aussi, rien n'indique que l'utilisation du bois soit réduite à long terme. Les raisons de l'échec comprennent:- les poêles en cours de distribution, dont l'efficacité et les émissions ont été démontrées lorsqu'ils sont utilisés afin de faire bouillir une casserole d'eau dans des conditions de laboratoire, se révèlent toutefois moins propres et moins efficaces lorsqu'ils servent à préparer des repas en famille; [6]
- les fourneaux ne sont efficaces et moins émissifs que s’ils fonctionnent d’une manière peu pratique pour les femmes. Par exemple, si le bois doit être coupé en minuscules morceaux;
- le manque d'entretien et de réparation des foyers, faute de soutien, et/ou les femmes doivent consacrer plus de temps à l'entretien des foyers qu'à la réduction de l'utilisation de bois de chauffage ou du temps de cuisson.
Les biodigesteurs gérés par les communautés augmentent la résilience climatique des femmes au Burkina Faso
Par Zénabou Segda, Women Environmental Programme, Burkina Faso
Un biodigesteur est en cours d’utilisation : il peut accepter n'importe quelle matière organique et du carbone dégradable. Susana Secretariat/Flickr
La biomasse au Nigéria : une solution ou un enjeu pour les populations et l’environnement?
Par John Baaki, Women Environmental Programme, et Nkiruka Okonkwo, Fresh & Young Brains Development Initiative (FBIN), Nigeria
Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), «L'énergie est au cœur du développement durable et des efforts de réduction de la pauvreté. Elle affecte tous les aspects du développement, que ce soit au niveau social, économique ou environnemental, y compris les moyens de subsistance, l'accès à l'eau, la productivité agricole, la santé, la population, l'éducation et les problèmes liés au genre… ». Aucun des objectifs de développement durable (ODD) ne peut être atteint sans une amélioration majeure de la qualité et de la quantité des services énergétiques dans les pays en développement. Aussi important soit-il, l'accès aux services énergétiques modernes reste très faible au Nigéria et de nombreux Nigérians sont fortement tributaires de l'utilisation de la biomasse traditionnelle. On estime que 93 millions de Nigérians n’ont pas accès à l’électricité malgré la dotation en ressources telles que le pétrole, le gaz, l’énergie solaire, l’hydroélectricité, l’énergie éolienne, etc. En tant que partie à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et signataire de l'Accord de Paris sur le climat, le Nigéria a commencé, plus que jamais, à explorer l'énergie issue de sources renouvelables. L’accent est maintenant mis sur les biocarburants, afin de produire de l’éthanol qui sera mélangé aux carburants de transport. La compagnie nationale de pétrole du Nigéria (NNPC, de son acronyme en anglais) a récemment signé un protocole d’accord avec deux consortiums nigérians-chinois pour la construction de dix grands complexes de biocarburants à travers le pays. Une déclaration signée par le porte-parole de la NNPC a révélé que «l’objectif de l’exploitation des ressources en carburants renouvelables au Nigéria est de mettre en œuvre nos contributions établies au niveau national à l’Accord de Paris; une partie de celle-ci nécessite le mélange de 10% en volume d'essence-éthanol dans l'essence et de 20% en volume de biodiesel dans le gazole automobile (diesel) pour une utilisation dans le secteur des transports. " Un autre protocole d'accord a été signé entre le gouvernement fédéral du Nigéria et Global Biofuels Ltd en 2012 pour la construction de 15 usines de production de biocarburants intégrées, estimées à 414 milliards de nairas (1 milliard d'euros) au sein de 12 États différents. Ces usines de biocarburants devraient convertir le jus de tiges de sorgho sucré en éthanol. Dans l'État d'Ondo, le gouvernement de l'État a exprimé son intention de veiller à ce qu'une usine de production de manioc vers éthanol, qui y est construite, soit opérationnelle d'ici la fin de 2019. Environ 6 400 hectares de terres sont nécessaires à la culture du manioc pour alimenter l'usine d'éthanol qui nécessitera environ 150 000 tonnes de manioc par an. Plus de 5 000 agriculteurs de l’État sont impliqués afin de répondre à la demande de 350 tonnes par jour de l’usine. [1] Bien que les efforts susmentionnés puissent être vantés pour leurs effets positifs attendus, tels que la réduction des émissions du secteur des transports et la création d’emplois pour les jeunes chômeurs, on en sait peu sur les effets négatifs de l’exploitation de ces usines sur l’environnement, les forêts, la sécurité alimentaire, l’accès et les droits à la terre ainsi qu’aux moyens de subsistance des personnes. La construction de tant de nouvelles usines de biocarburants nécessitant de grandes quantités de sorgho et de manioc dégradera les sols où la matière première est cultivée et nécessitera des intrants chimiques nocifs susceptibles de polluer les eaux souterraines ainsi que d'avoir un impact sur la santé de la communauté. Une étude récente sur les impacts de la production de biocarburants au Nigéria a montré que si la culture des matières premières allait se traduire par des gains économiques pour les agriculteurs ruraux, elle pourrait également entraîner un accaparement des terres. L'étude a également observé une déforestation importante pour la production de matières premières dans les zones d'étude. [2] Etant donné que de vastes étendues de terres sont nécessaires à la culture de plantes énergétiques, ces nouvelles installations nécessiteront sans aucun doute un défrichement encore plus grand des zones forestières. Les communautés d'accueil risquent également de subir des effets négatifs sur leur sécurité alimentaire, puisqu’on placera davantage l'accent sur la culture de ce qui rapportera rapidement un revenu que sur ce qui a une valeur nutritionnelle réelle. Si l’agriculture de subsistance est menacée, les femmes auront également des difficultés financières, car elles seront obligées d’acheter de la nourriture en dehors de la saison des récoltes et ce, à des prix exorbitants. Il est possible que les usines de production de biocarburants soient obligées de réduire leur production ou de fermer complètement, ce qui forcerait les agriculteurs sous contrat à fournir la matière première dans une position précaire. Cela aurait un impact négatif supplémentaire sur la sécurité alimentaire, comme ce fut le cas récemment en Sierra Leone, où une usine de production d'éthanol a partir de la canne à sucre a cessé ses activités. [3] Les impacts décrits ci-dessus sont susceptibles d’affecter plus durement les femmes : par exemple, puisque le Nigéria est une société patriarcale où les femmes ont des droits incertains sur la terre et où les hommes sont reconnus comme les propriétaires légitimes des terres familiales, lorsque les agriculteurs sont encouragés à vendre leurs terres pour la culture des matières premières, les femmes n’ont pas le pouvoir de décision, alors qu’elles assument la majeure partie du travail consistant à fournir de la nourriture aux familles. Toute réduction de l’accès des femmes à la terre signifie qu’il y a moins de terres disponibles pour la production de nourriture pour les familles. Un autre impact qui touchera les femmes de manière disproportionnée est le fait que lorsque les forêts sont défrichées afin de cultiver des matières premières, l'accès aux produits forestiers non ligneux est limité, ce dont dépendent les moyens de subsistance de nombreuses femmes et de leurs familles. Si les efforts visant à produire une énergie alternative sont louables, les questions à se poser lorsqu’on se lance dans de tels projets sont les suivantes: l’impact environnemental négatif l'emportera-t-il sur les gains économiques potentiels à court terme pour certains groupes? L'approvisionnement en matières premières sera-t-il durable? Quel projet d'énergie renouvelable offrira de meilleurs avantages environnementaux? De fait, il serait peu judicieux, dans le but de résoudre un problème environnemental, d’en créer un autre. [1] http://ondostate.gov.ng/Home/NewsItem/Ethanol-project-in-Ondo-requires-6-400hectares [2] B. O Balogun and A. T. Salami, 2016. “Effects of biofuel production on selected local Communities in Nigeria”, Journal of Petroleum Technology and Alternative Fuels [3] https://swedwatch.org/en/regions/africa-south-of-the-sahara/swedfund-fmo-lacked-responsibility-leaving-project-without-exit-strategy/L'impact des développements et des pratiques de la bioénergie sur les communautés et les femmes au Libéria
Par Salome Gongloe-Gofan, Centre rural intégré d'autonomisation (RICCE, de son acronyme anglais), Libéria
À l'instar d'autres pays d'Afrique subsaharienne, le bois de chauffage et le charbon de bois sont les principales sources d'énergie utilisées au Libéria. Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), jusqu’à 99,5% de la population du Libéria est tributaire des combustibles issus de la biomasse comme principale source d’énergie. L'utilisation massive et persistante de la bioénergie au Libéria ne signifie pas nécessairement qu'il s'agit d'une alternative propre et verte aux combustibles fossiles ou d'une solution climatique viable. Cela résulte plutôt d’un déficit d’autres sources d’énergie renouvelables, les communautés n’ayant pas d’autre choix que de satisfaire leurs besoins en énergie en brûlant du bois. Les femmes libériennes, en particulier les femmes rurales, supportent le plus lourd fardeau humain de la crise énergétique par le temps et les efforts déployés pour collecter le bois et l'eau, ainsi que pour cultiver et vendre la nourriture. Cette situation est aggravée par l’augmentation des distances parcourues pour le bois en raison de la disparition des forêts avoisinantes. Cette charge impose un recul sur l’éducation et la promotion économique des femmes et des filles. En 2015, le Gouvernement libérien s’est doté de mesures ambitieuses afin de reconstruire son infrastructure électrique à la suite d’une guerre civile qui avait détruit une grande partie du secteur de l’électricité du pays. Avec environ 12%, le Libéria a l'un des taux d'accès à l'électricité les plus bas au monde. Dans la capitale, Monrovia, moins de 20% de la population a accès à l'électricité. D’ici 2030, le Gouvernement libérien entend relier 70% de la population de Monrovia et donner accès à 35% de la population restante du pays. En juin 2015, la législature libérienne a promulgué la loi créant l'Agence de l'énergie renouvelable rurale (AERR), un objectif politique de longue date soutenu par l'USAID dans le cadre de son programme Power Africa. La AERR a par la suite fourni un soutien politique à la bioénergie en tant qu’énergie renouvelable. Avec l'appui supplémentaire de l'USAID, le Libéria a depuis mené à bien trois projets pilotes d'énergie renouvelable reliant 564 ménages ruraux utilisant des panneaux solaires, des copeaux de bois d'hévéa et de l'huile de palme brute. [1] L'USAID a également apporté son soutien à la mise en service du projet de biomasse Kwendin, qui produit de l'électricité à partir d'un système de gazéification de la biomasse utilisant des copeaux de bois d'hévéa. Bien que les investissements dans les chaînes d'approvisionnement en biomasse impliquant le charbon, le bois et les résidus agricoles offrent des avantages socio-économiques grâce à la sécurité énergétique temporaire et à la création d'emplois, pour certaines personnes, les impacts négatifs l'emportent sur les avantages économiques de la génération de revenus. L'électrification rurale utilisant des sources d'énergie beaucoup plus sûres et plus fiables, telles que l'hydroélectricité à petite échelle et l'énergie solaire, est une nécessité urgente pour remplacer l'utilisation de la biomasse. Cela aurait pour avantage supplémentaire de ralentir la dégradation croissante de l’environnement et les impacts sociaux qui entravent la sécurité et le développement des communautés. Bien que l'énergie reste un moteur important du développement du Libéria, la poursuite des activités habituelles avec l'utilisation de la biomasse comme source d'énergie primaire, à petite et grande échelle, ne fera qu'aggraver le problème croissant de la déforestation et de la dégradation de l'environnement, déjà ressenti par les communautés rurales. L'utilisation continue de la biomasse à des fins énergétiques et le remplacement des forêts naturelles par des plantations d'arbres en monoculture, tels que des hévéas, des palmiers à huile et d'autres cultures énergétiques, dégradent davantage l'environnement. Il en résulte une perte de biodiversité, l'érosion des sols, la pollution de l'air intérieur et une charge de travail accrue qui affecte principalement les communautés rurales, en particulier les femmes. Le Libéria abrite environ 42% de la forêt restante en Afrique occidentale, qui comprend le point chaud de la biodiversité de la forêt de la Haute Guinée, qui s'étend à travers le pays. Toutefois, il risque d’être considérablement dégradé afin de fournir de grandes quantités de biomasse de bois. L'Union européenne (UE) a admis que les biocarburants pourraient être quatre fois plus dommageables pour le climat que les carburants classiques en raison de leurs impacts indirects. [2] Néanmoins, ces impacts sont ignorés dans les discussions politiques. Promouvoir la bioénergie basée sur le bois ne tient pas compte du fait qu’une augmentation rapide de la demande en bois aura d’énormes impacts négatifs sur les forêts du monde et les communautés tributaires des forêts qui souffrent déjà des effets de la monoculture d’arbres qui s’étend sur leurs terres. Compte tenu des impacts négatifs de la bioénergie mentionnés plus haut, il est urgent de mettre en place une politique énergétique nationale solide allant au-delà de la bioénergie, dû en particulier aux besoins énergétiques croissants du Libéria. Une telle politique doit donner à la population l’accès à des formes d’énergie plus propres et moins nocives et ne pas lier le pays à une combustion obsolète et dangereuse, qu’il s’agisse de bioénergie ou de combustibles fossiles. [1] https://www.usaid.gov/powerafrica/liberia [2] https://globalforestcoalition.org/wp-content/uploads/2010/10/briefing-paper-bioenergy_final_1.pdfÉquipe éditoriale : Coraina de la Plaza, Isis Alvarez, Jeanette Sequeira, Juana Vera Delgado, Kwami Kpondzo, Oliver Munnion, Simone Lovera et Rachel Smolker Éditeur : Oliver Munnion Designer graphique : Oliver Munnion Cette édition de Forest Cover a été rendue possible grâce au soutien de EU-DEVCO et de la Société suédoise pour la conservation de la nature (SSCN). Il a été inspiré par un événement de partage de connaissances en Afrique de l’Ouest organisé en mars 2019 avec le soutien de SSNC et de l'American Jewish World Service. Les opinions exprimées par nos contributeurs ne sont pas nécessairement celles des donateurs.